Expérimentations

C'est parti! Premier longeron digne de ce nom

Réflexion préa­lable

Après quelques tests pour tou­cher du doigt les dif­fi­cul­tés de mise en oeuvre qui m’attendent, j’ai com­mandé de la tresse car­bone et de l’unidirectionnel pour réa­li­ser mon pre­mier lon­ge­ron. L’idée est de faire un lon­ge­ron d’environ 60 cm et d’environ 1 cm de côté (notez les éenvi­ron”, car j’ai encore du mal à évaluer l’épaisseur finale des mes peaux de car­bone). Il devra être le plus léger pos­sible tout en offrent une rai­deur impor­tante. Rai­deur, ou rigi­dité, ne signi­fie pas résis­tance, les deux notions sont dis­tinctes. Le but est de juger si un lon­ge­ron de cette dimen­sion offre les carac­té­ris­tiques atten­dues pour un objet d’environ 2 kg. Sur le plan de la soli­dité, j’ai assez peu d’inquiétude, même en cas de chute. En revanche, il semble impor­tant à la lec­ture des forums consa­crés au MK, que les lon­ge­rons soient les plus rigides pos­sible pour amé­lio­rer la sta­bi­lité en vol. J’ai donc décidé de réa­li­ser le lon­ge­ron comme suit, de haut en bas:

  • 2 épais­seurs d’unidirectionnel
  • une tresse à 45° sur un noyaux de poly­sty­rène extrudé
  • 2 épais­seurs d’unidirectionnel

N’allez pas cher­cher des cal­culs com­pli­qués pour jus­ti­fier ces choix. C’est un com­pro­mis pifo­mé­trique entre ce que je per­çois de la résis­tance du carbone-epoxy, d’une opti­mi­sa­tion maxi­male du sens des fibres par rap­port aux efforts deman­dés, et de mes capa­ci­tés objec­tives de fabri­ca­tion à ce jour. L’unidirectionnel (UD pour les intimes) offre un excel­lente résis­tance à la ten­sion et à la com­pres­sion, la tresse per­met très faci­le­ment de réa­li­ser des flancs dont les fibres orien­tées à 45° vont jouer le même rôle que les croi­sillons tri­an­gu­laires des struc­tures métal­liques. Quant au noyau poly­sty­rène, il offre un appui pour la tresse néces­saire à la fabri­ca­tion. Il peut res­ter en place (son poids est négli­geable), mais peut aussi être ensuite éliminé (un coup d’acétone et hop…) pour pou­voir pas­ser des fils électriques.

Fabri­ca­tion

Comme tou­jours avec les com­po­sites, il vaut mieux être super orga­nisé et en même temps simple. J’ai donc com­mencé par simu­ler les gestes plu­sieurs fois à sec, pour me rendre compte dela pos­si­bi­lité pra­tique de les effec­tuer, car les com­po­sites, et par­ti­cu­liè­re­ment le car­bone, sont assez raides, glis­sants, rétifs à la mise en forme. La résine va certes col­ler en place un peut tout ça, mais ça reste rela­tif. J’ai sur­tout réflé­chi à mon chantier.

Le noyau en poly­sty­rène n’a pas une rigi­dité suf­fi­sante pour que je sois sûr de la rec­ti­tude de mon lon­ge­ron. Je dois donc pré­voir une attelle, qui sera consti­tué de deux pro­fi­lés en alu de 100 x 50 x 1,5 cm, et deux deux U (c’est ce que j’ai sous la main) de 100 x 18 x 18 cm. Je place un U entre les deux pro­fi­lés rec­tan­gu­laires dans les mâchoires de mon établi Work­mate tout à fait com­mode ici.

Après quelques essais à sec, je décide d’utiliser une bande de poly­ane d’une ving­taine de cen­ti­mètres comme anti-adhésif. En le met­tant en gout­tière dans mon U en alu, il per­met­tra un démou­lage facile, et il est suf­fi­sam­ment souple pour ne pas trop rechi­gner à se mettre au carré à la fer­me­ture du moule. Il est aussi assez rigide pour ne pas trop fripper.

Je découpe le noyau à la lon­gueur de 60 cm pour éviter d’avoir une trop grande lon­gueur et des com­pli­ca­tion pour ce pre­mier essai. Je lui donne des côtés de 1,5 cm (ça laisse envi­ron 1,5 mm d’épaisseur pour la résine et la fibre).

Pesée de la tresse, qui représente l'essentiel du volume de fibres de carbone de mon longeron

Pesée de la tresse, qui repré­sente l’essentiel du volume de fibres de car­bone de mon longeron

Et c’est parti. Je pèse ma tresse et je pré­pare son poids en résine, que je mélange bien, sans doute un peu trop vigou­reu­se­ment car elle mousse, mais bon, ça lui pas­sera. Pen­dant qu’elle repose, j’enfile mon noyau dans la tresse. Pas si simple, déci­dé­ment, ce car­bone, c’est assez chiant à manier. En effet, la tresse ne deande qu’à s’effilocher, elle n’a pas de tenue. En même temps, elle rechigne un peu à se lais­ser arron­dir sous la pous­sée, car les angles du noyau ont ten­dance à s’ancrer dans les mailles. Je règle ce pro­blème de quatre coups de cuter pour arron­dir le bout de mon sup­po­si­toire de 60 cm. Ensuite, je remarque qu’il vaut mieux pous­ser sur la tresse à 5 cm de l’extrémité du noyaux, plu­tôt sue sur l’arrière du noyau. Bon, on apprend, ce sont des maté­riaux inha­bi­tuels. Un des charmes de l’epoxy, c’est qu’on a un peu de temps pour tra­vailler, à la résine poly­es­ter, il faut faire vite et on n’a pas le temps de réflé­chir. Un plus, j’ai pris la sage déci­sion de prendre du dur­cis­seur lent, j’ai au moins deux ou trois heures devant moi avant que ça gèle.

Le noyau en cours d'enfilement dans la tresse carbone

Le noyau en cours d’enfilement dans la tresse carbone

Une fois mon noyau enfilé, je coupe les bouts effi­lo­chés pour déga­ger le ter­rain, puis je tar­tine ma tresse sur les quatre côtés. Je badi­geonne un peu gras, et j’étale avec les doigts (vêtus de gants latex). C’est pas mal comme ça, on sent bien les dif­fé­rences d’imprégnation, car cer­tains endroits glissent, d’autres accrochent, c’est quand même plus facile pour se rendre compte de l’uniformité de l’imprégnation. Sur­tout que le car­bone, ça brille beau­coup même sec et c’est opaque, ce n’est pas évident de savoir si on a mis de la résine par­tout. C’est un peu rigolo, j’ai l’impression de cares­ser un pois­son, car les mailles forment des écailles et la résine est un peu gluante.

En tirant sur les extré­mi­tés libres de ma tresse et en appuyant avec les doigts sur les côtés, celle-ci finit par se mettre bien en place. J’aligne autant que pos­sible les mailles sur les bords. C’est tout beau

Pas­sons à l’UD. Je fais un pre­mier essai d’imprégner un ruban en le tenant sus­pendu à des pinces, Ce n’est pas une bonne idée, il se roule sur lui-même. Donc, on va le poser à sec. Je badi­geonne légè­re­ment le fond de la gou­tière de poly­ane de mon moule et je pose quatre rubans de 8 mm de large bien à plat. Ça fait mes deux couches d’UD pré­vues, puisque mon moule fait 1,5 cm de large. Puis je presse le tout sous le noyau tressé. Fas­toche. Je décide que ma tresse est assez gras­se­ment impré­gnée et je pose mes quatre rubans supé­rieurs à sec par dessus.

Je replie le poly­ane, et je ferme le moule avec le deuxième U en alu. Je serre les flancs du moule dans mon établi-étau, puis je place des serre-joints pour immo­bi­li­ser le tout. Je véri­fie que la pres­sion est homo­gène pour conser­ver les mêmes côtes à mon lon­ge­ron sur toute la lar­geur, et j’enfourne dans mon étuve.

Démou­lage et bilan

Le démou­lage est très simple, tout se décolle très faci­le­ment. Mon lon­ge­ron n’est pas vilain, mais il a quelques défauts. Les faces où la tresse appa­raît est un peu fri­pée. J’ai peut-être serré trop fort pour être sûr de chas­ser les bulles. Il faut peut-être ser­rer fort pour cela, puis relâ­cher un peu la pres­sion. C’est peut-être aussi un effet de la caleur de l’étuve. Je poly­mé­rise à 70–80° selon les recom­man­da­tions de mon four­nis­seur, le poly­ane doit se dila­ter. Peut-être faudrait-il faire attendre le dur­cis­se­ment à tem­pé­ra­ture ambiante, puis étuver seule­ment 8 à 12 heures après. Il y a aussi des défauts sur les arrêtes, qui devront être ébar­bées. Je m’y atten­dais. Mais il y aussi des dégueu­lis de résine, preuve que j’en ai mis un peu trop, mais c’est dif­fi­cile de savoir ce qu’il faut vu mon inexpérience.

Sinon, l’UD est très bien impré­gné et offre une sur­face superbe. Une bande d’UD a un peu glissé sur un côté. Pas très joli, mais pas grave. Le poids est infé­rieur à 50 grammes, c’est vrai­ment bien. La rigi­dité est supé­rieure à tout ce que j’ai pu tes­ter de même dimen­sions. La résis­tance per­çue au cin­trage me semble lar­ge­ment excé­den­taire pour mes besoins.

Un pon­çage léger per­met d’ébarber les arrêtes. En revanche, pour enle­ver les dégueu­lis de résines, c’est plus long, mais ça se fait bien. Il faut juste éviter d’enlever trop de fibres de car­bone, mais on s’en apper­çois vite quand de la pous­sière noire apparait.

Au total, c’est pas mal. Je suis assez content. Le pro­chain sera mieux !

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